Education sexuelle pour tous

Education sexuelle pour tous
01.04.2025 Réflexion sur Temps de lecture : 6 min

Extrait du livre de Camille Marolle intitulé « Vie affective et sexuelle de l’adolescente en situation de handicap mental à travers le regard des parents… »

Camille Marolle est sage-femme et est auteure d’un mémoire de fin d’étude sur le sujet de la Vie affective et sexuelle de l’adolescente en situation de handicap mental. Son étude se base sur des enquêtes auprès de parents ayant une adolescente en situation de handicap mental et des recherches bibliographiques.

Voici un extrait d’un chapitre plus particulièrement dédié à la question de l’éducation sexuelle pour tous, sujet abordé plus ou moins facilement selon la sensibilité des familles.

Lorsque les participants comparent la manière d’aborder la sexualité avec leur fille en situation de handicap mental et un enfant ordinaire, les positionnements sont à nouveau partagés. Pour certains parents, comme Amanda, la discussion entre ses deux filles (ordinaire/handicap) est assez similaire :

On a parlé de la sexualité comme j'ai pu en parler à mon aînée […] c'est-à-dire que Agathe a vécu des discussions aussi que j'ai pu avoir avec sa sœur.

Pour Florence, il n’y a pas de distinction à faire entre un adolescent ordinaire et un adolescent en situation de handicap mental. Elle explique :

Pour moi dans ma tête, c'était au clair. […] Je lui ai dit que c'était quelque chose de naturel... Mais sans plus, je ne suis pas rentrée dans les détails. […] Le jour où elle découvrira ça, écoutez, c'est comme tout le monde. J’sais pas mais on a tous eu une première fois.

Cette absence de distinction ordinaire/handicap ne fait pas écho à tous. En effet, ce sujet et tous ceux qui peuvent en découler (contraception, grossesse, consentement, etc.) sont considérés comme « sérieux ; quelque chose qui n’est pas anodin et très privé » pour Angela. Mais aussi pour Jérôme :

Entre la sexualité, sur le fait même d'être parents, la contraception tout ça, il y a beaucoup de questions qui sont abordées de manière différente. »

Ce qui peut expliquer cette différence dans la manière de parler de sexualité, c’est le besoin de répétition constant des informations qu’il faut mettre en place pour ces jeunes en situation de handicap mental. 

C'est compliqué d'en parler avec elle. Parce qu'il faut lui dire dix fois la même chose, tout le temps se répéter et c'est fatiguant.

Julie

Je suis obligée de lui expliquer avec des mots simples. Et même en expliquant avec des mots simples, je me rends compte que c'est compliqué pour elle d'intégrer. Parfois. J'ai l'impression qu'elle a compris, mais je me rends compte qu'il faut réexpliquer. Je crois que c'est tellement flou pour elle qu'elle a du mal à intégrer. […] Pour eux, J'imagine que c'est encore pire, il faut réexpliquer régulièrement.

Liliane

Dans la « Déclaration des droits sexuels de l’IPPF », il est question de non-discrimination en promouvant un droit à l’éducation sexuelle. Ce droit à l’éducation sexuelle est également évoqué dans la loi de santé publique de 2001.

L’éducation sexuelle étant un droit ; qui remplit ce devoir d’éducation ? Les multiples rôles qui incombent aux parents ont précédemment été évoqués, dans celui de l’éducation de son enfant. Mais l’éducation sexuelle entre-t-elle en compte dans ces rôles ? Lors des entretiens, nous avons pu ressentir une gêne de la part de certains parents, qui ne se sentent pas légitimes pour assurer ce rôle, du fait de leur genre, de leur statut de parents, ou d’un manque de connaissance sur le sujet. 

Lors des entretiens, nous avons pu ressentir une gêne de la part de certains parents, qui ne se sentent pas légitimes pour assurer ce rôle, du fait de leur genre, de leur statut de parents, ou d’un manque de connaissance sur le sujet. 

Comment éduquer sur un sujet qui de base est empreint d’un tabou collectif ? Certaines personnes diront être plus ouvertes et aborderont ce sujet sans problème, mais la majorité ne le voit pas de cette manière et estime ne pas avoir les connaissances nécessaires pour parler de ce sujet. Ensuite, comme le souligne Brice lors des entretiens, comment aborder ce sujet lorsque l’enfant n’est pas du même genre que le nôtre ? Est-ce plus facile pour une mère de parler de sexualité à une fille, et un père avec un fils ? Faut-il en parler différemment avec son enfant en situation de handicap mental qu’avec son enfant ordinaire ?

Cet aspect de différenciation des discours est abordé lors des entretiens et les parents ont des avis divergents. Néanmoins, ils se rejoignent sur le besoin de répétition des informations délivrées aux jeunes filles sur cette thématique déjà difficile à aborder pour nombre d’entre eux. Ce besoin de répétition s’explique par la compréhension, plus lente de ces personnes, et cette reformulation concernant un sujet sensible peut donner également l’impression d’incitation à l’acte sexuel. Pourtant, il s’agit bien d’une longue maturation de l’identité sexuelle qui s’est construite.

L'accompagnement est plutôt à concevoir comme un partage et un encouragement à grandir et à découvrir la responsabilisation que comme l'assimilation d'un savoir. Un domaine important qui reste à développer est celui des liens et de la collaboration avec les familles. Il est de moins en moins sûr que ce soit à elles d'assurer l'éducation sexuelle de leurs enfants.

Denis Vaginay

 L’éducation sexuelle serait donc un droit pour tous et nécessaire à l’accompagnement de la vie sexuelle. Cette éducation serait à entrevoir plutôt du côté des professionnels, et en étroite collaboration avec les familles, qui auraient un droit de regard sur les échanges avec leur fille tout en respectant leur intimité.

Cependant, d’après une recherche écossaise, cette éducation sexuelle mériterait d’être rapportée en amont par les parents dès le plus jeune âge, au même titre que les enfants ordinaires, afin que la sexualité ne soit pas perçue par la suite, comme quelque chose de honteux. Il ne s’agirait pas d’expliquer la sexualité dans les détails, mais d’ouvrir la porte à la possibilité d’un bien-être différent.

 


 

couverture du livre de camille marolle

 

Vie affective et sexuelle de l’adolescente en situation de handicap mental
A travers le regard des parents…
Camille Marolle – L’Harmattan – 2023

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