Après le pansage, Thibault se mettra en selle et nous travaillerons sur le fondamental « Avancer »: du pas à l’arrêt, de l’arrêt au pas, du pas au trot, etc … Fanny, elle, restera longtemps immobile une fois son poney enfourché; elle a besoin de se rassurer, de trouver son équilibre; déjà, être assise, là, en hauteur, c’est beaucoup pour elle. Puis nous faisons quelques pas, d’abord avec une éducatrice à ses côtés puis seule, en tenant la poignée de sa selle. Amélie préfère rester à pied aux côtés de Boule; la suite démontrera qu’il lui faudra quatre séances à se promener ainsi avec son poney avant de se mettre dessus.
Chacun son rythme, chacun sa façon de faire mais surtout chacun sa façon d’être. Adapter sa séance c’est donc se donner les moyens de respecter tout cela, pour le bien-être et l’épanouissement de tous.
Alors, thérapie ? Éducation ? Loisir ou rééducation ?
Le cheval c’est tout cela à la fois; c’est même la magie de tout cela à la fois !
Mais pourquoi ? Parce que justement ce qui est thérapeutique dans cette histoire c’est la relation elle-même que la personne va tisser avec son cheval, et ce qui naîtra de cette relation. En tant que référente équestre, je ne suis pas thérapeute. Je suis là pour poser un cadre, confortable et sécuritaire pour tous (: pour la personne venant pratiquer, pour le cheval, pour les encadrants et pour moi-même) et à partir de ce cadre, la séance peut se dérouler. Il y a autant de place laissée au prévisible (le lieu de la séance, le matériel pédagogique, le choix du cheval, les exercices mis en place…) qu’à l’imprévu. Et c’est là qu’il faudra être vigilant; d’une vigilance bienveillante, d’une présence neutre. Certes je reste le chef d’orchestre d’un cheval à mon écoute, d’un cavalier que l’on m’a confié et d’une situation pédagogique que j’ai choisie, mais la musique qui s’y joue ne m’appartient pas. C’est là que le don d’observation est primordial. Apprendre à voir. Sans juger, sans interpréter. Juste observer, même quand il semble ne rien se passer… car il ne se passe jamais rien dans une séance où se rencontrent une personne et un cheval !
Je ne suis pas thérapeute; mais je peux travailler en partenariat avec des thérapeutes, avec des psychomotriciens, avec des éducateurs… Notre force, et même notre moteur, sont dans cette coopération. Ensemble, les encadrants -ou la famille- et moi-même définissons les objectifs des séances: tel enfant viendra travailler son autonomie, tel autre son équilibre, sa motricité fine, … mais dès lors il ne faudra jamais perdre de vue que le plaisir reste et devra rester inhérent au séances; et si aujourd’hui la seule chose qui devait se passer serait la simple rencontre d’une personne avec son cheval alors ce serait déjà énorme. Les personnes en situation de handicap sont bien souvent sollicitées de partout, j’ai vu de jeunes enfants avec des plannings journaliers de ministre, les rendez-vous s’enchainent …
Or je doute qu’un cavalier lambda qui vient à sa reprise de 18 heures le mercredi soir ne vienne que pour travailler ses problèmes de latéralisation, d’orientation dans l’espace ou de confiance en soi ? Certes non, il vient avant tout passer un moment privilégié avec un être affectueux, chaleureux, symboliquement puissant, qui ne le juge pas et, qui plus est, peut le porter et le faire mouvoir à des vitesses variées … C’est donc exactement la même chose pour un cavalier en situation de handicap.
Alors, à l’heure où l’on voudrait étiqueter cette pratique, je dis simplement: donnons-nous la main, restons des Hommes de chevaux, restons des professionnels de la santé ou du social, et donnons-nous les moyens de proposer ensemble le cadre le plus bienveillant possible pour que les personnes en situation de handicap qui souhaitent pratiquer l’équitation se sentent accueillies pour ce qu’elles sont et pour le plaisir que cette activité leur procure.